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Sur le chemin de la Madrague Ville
De pas à pas, de mots à mots…
Nora Mekmouche (textes et propos recueillis)
Kamel Khélif (dessins)
Parution : 24/02/2007
ISBN : 9782952381710
Format papier : 136 pages (25 x 25 cm)
18.00 €
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Ce livre peut se lire en marchant à la fois dans l’espace et dans le temps. Temps d’une histoire plurielle racontée de manière personnelle et anecdotique par ceux et celles qui la vivent au quotidien. Espace, celui d’un territoire souvent stigmatisé par facilité ou par ignorance. Autant d’histoires pour découvrir ou redécouvrir les quartiers Nord de Marseille et plus particulièrement ceux jalonnant le chemin de la Madrague Ville, situé dans le 15ème arrondissement. Coincé entre le port autonome, ses multiples voies de communication et un axe routier reliant le centre de la ville à sa périphérie, le chemin de la Madrague Ville a cette particularité de révéler les couches du temps qui passe et qui de manière inéluctable perdure. L’intérêt de ces histoires livrées par des habitants et des travailleurs repose fondamentalement sur ce que ce chemin dit, montre et révèle : l’histoire d’un territoire en mutation constante, qui loin des clichés mièvres ou des descriptions racoleuses et romantiques, donne à voir, à lire et à revisiter une autre histoire de Marseille.

Jean-Luc, du Derby

« Sur la Madrague Ville, ce qu’il faut savoir, c’est que tout se passait du côté droit du chemin en montant. À gauche, il n’y avait rien. Tous les commerces qui existaient le long du chemin ont été transformés en habitation. C’est un quartier qui était très prisé et populeux car à l’époque, il y avait beaucoup de travail. Comme Gaston Deferre le disait : « Les poumons de Marseille sont les quartiers Nord » et il avait raison car l’industrie se trouvait ici et nulle part ailleurs. Beaucoup de petites entreprises travaillaient grâce et avec les grosses boîtes qui se trouvaient là. C’étaient essentiellement des petites entreprises de mécanique générale qui étaient directement liées aux activités du port et aux chantiers navals.

Nous habitions au 341 de la Madrague Ville depuis 1958. Le chemin a vraiment changé ! Il s’appauvrit de plus en plus. Tout est laissé à la dérive, il n’y a pas de volonté de tout un chacun de changer la situation. Il y a bien des projets mais ceux-ci rapportent plus à la ville de Marseille qu’aux quartiers Nord ! Rien n’a changé et ce n’est pas demain la veille que cela changera ! »

Avant les Puces, il y avait l’usine Alstom. On doit encore trouver sur un des murs une de leur pancarte. Avant, la circulation principale se faisait sur cette allée, parallèle à l’entrée actuelle des Puces. L’espace où sont entreposés tous les containers appartenait également à Alstom. C’est ici que l’usine entreposait toutes ses marchandises et diverses pièces. Sur ce même terrain, il y avait les citernes à gaz. Car avant, il y avait une usine qui se trouvait sur le chemin du littoral, cette usine était thermique. On la ravitaillait avec du charbon directement de la mine de Gardanne.

Dossier de presse
Angélique Schaller
La Marseillaise, 31/08/2007
Marie Gofrin-Guidicelli
Marseille L’Hebdo, 21/02/2007
Myriam Guillaume
La Marseillaise, 25/02/2007
3,9 km de souvenirs sur la Madrague Ville

Histoire. Une expo pour mener un livre sur les quartiers Nord à découvrir à l’Alcazar

« Ce qui me frappe et m’a toujours frappé dans ce chemin de la Madrague Ville, ce sont ces murs, ces murs de pierres blanches, des deux côtés et jusqu’au bout du chemin. » travailleur social, Franck a grandi dans les quartiers nord. C’est une des onze personnes qui ont accepté de « jouer le jeu » proposé par Nora Mekmouche : raconter l’histoire du chemin de la Madrague Ville. Ces témoignages ont donné lieu à un livre édité par l’association « Cris écrits » et font actuellement l’objet d’une exposition à la bibliothèque de l’Alcazar. Quelques phrases et les dessins de Kamel Khélif s’offrent au regard comme une invitation à consulter le livre.
« L’objectif était de briser des stéréotypes sur les quartiers Nord, montrer qu’il y a une histoire et surtout une histoire d’hommes », explique Nora Mekmouche. Et de femmes. Odile et Marie-Claude ont en effet parlé aux côtés de Jean-Luc, Amar ou Franck. Patron de bar, professeur de lettres à la retraite, gardien ou artiste « échoué », ils travaillent, vivent ou ont vécu sur ce chemin long de « 3,9km qui, de la place Cazemajou à l’esplanade du lycée Nord relie le centre de Marseille à sa périphérie, coincé entre le port et la ville ».
Il faut se perdre page 54 pour entendre la sonnerie des ateliers Terrin qui rythmaient la vie du quartier, fureter ou explorer. Suivre page 84 un homme qui veut partir parce qu’il « ne retrouve plus, c’est peut-être la mélancolie, cette humanité qu’il y avait dans les gens. » Ou s’arrêter page 108, « le long de la pente pour contempler ce merveilleux paysage donnant sur le bassin de Séon ».
De souvenirs intimes ou objectifs, ces textes dessinent les mutations du lieu, esquissent une rue pleine de dockers ou de marins, d’ouvriers des ateliers de mécanique générale dont il ne reste plus que vieilles enseignes au-dessus de rideaux de fer définitivement baissés.
Transformation de l’activité portuaire, implantation du centre d’hébergement d’urgence, ouverture des Puces, fermeture des Abattoirs sont autant d’éléments qui vont provoquer la mutation du quartier qui, aujourd’hui encore évolue. La zone franche a installé des entreprises aux nouvelles activités sur une partie de la rue.
Et demain, ce sera le nouveau périmètre d’Euroméditerrannée qui viendra imprimer sa marque. Ce livre sur la mémoire ouvrière des lieux est d’autant plus précieux à l’aube de ces changements profonds.
En contrepoint de ces paroles récoltées par Nora Mekmouche se trouvent les dessins de Kamel Khélif. Techniques mixtes et compositions qui s’apparentent à du collage racontent des histoires indépendantes, très poétiques, semblant surgir derrière la brume de l’oubli.

Angélique Schaller
La Marseillaise, 31/08/2007

Récit. Le chemin de la Madrague Ville à visages humains grâce à Kamel Khélif et Nora Mekmouche.

Des ex-Abattoirs aux Puces
Il a fallu beaucoup de rencontres heureuses et d’heureux hasards pour écrire le livre Sur le chemin de la Madrague Ville, De pas à pas, de mots à mots…, car son histoire est peuplée de personnages. Il y a d’abord Nora Mekmouche installée récemment à Marseille après de longues années de nomadisme (Paris, Delhi, Sao Paulo) et un parcours universitaire sans faute (langues orientales, anglais, lettres modernes, relations internationales, sciences humaines). Il y a ensuite Kamel Khélif dont on admire sans retenue les peintures, les dessins et les bandes dessinées (Z’éditions et Amok éditions). Il y a enfin tous ces anonymes qui sont le cœur de l’ouvrage et le poumon de l’aventure.

Un concentré de paroles non édulcorées.
Ils s’appellent Abdenour, Amar, Christian, Franck, Gérard, Jean-Luc, Louis, Marie-Claude, Mohamed, Odile et Vincent, ils arpentent au quotidien le chemin de la Madrague Ville dans le 15ème arrondissement. Qui mieux qu’eux pouvaient raconter l’histoire de ce territoire de 3,9 kilomètres de long ? Qui mieux qu’eux pouvaient témoigner de sa mutation, de sa désertification, de sa lente paupérisation ? Partie à leur rencontre, dans un quartier où elle a choisi de vivre et travailler, Nora Mekmouche a eu envie de leur donner la parole et d’en restituer un concentré non édulcoré. Si, pour son premier livre, Les Elles de l’islam Bleu, elle s’est entourée de Catherine Meyer pour les photographies et Samiha Driss pour les dessins, c’est Kamel Khélif qui a eu sa préférence. Sans jamais converser avec les « témoins » mais puisant dans leurs témoignages et sa connaissance intime de la Madrague Ville, Kamel Khélif réussit par traits interposés à capter des paroles souvent tues. Il livre ainsi onze dessins d’une étrange et mélancolique beauté qui disent le passé perdu, l’activité portuaire oubliée, l’architecture désincarnée, l’exil et la solitude. « Il n s’agit pas de simples illustrations de témoignages, écrit Nora Mekmouche, mais de regards dont la force esthétique provoque la réflexion sur ce qui est raconté ».
Cette aventure humaine, sociale et artistique aboutit non seulement à cette publication, mais également à une exposition itinérante. (…)

Marie Gofrin-Guidicelli
Marseille L’Hebdo, 21/02/2007

Nora Mekmouche aime les gens et leurs histoires. Elle aime aussi ces quartiers Nord si décriés et dont elle veut mettre l’âme vibrante à jour. C’est en arpentant le chemin de la Madrague Ville qu’elle s’est perdue en rencontres, flâneries et en rêveries. De tout cela est né un livre Sur le chemin de la Madrague Ville. De pas à pas, de mots à mots… qui donne lieu à une exposition alliant textes et dessins (…).
Gérard gardien d’une « caverne d’Ali Baba », aux Puces, Abdenour, fils d’ouvrier kabyle venu s’installer boulevard Oddo, Jean-Luc du Derby, Louis « du temps des Abattoirs » ou Vincent le prêtre ; ce sont leurs mots que Nora a consigné dans un livre sensiblement et sombrement illustré en technique mixte (fusain, peinture et encre) par Kamel Khélif (…).
« Sur la Madrague Ville, ce qu’il faut savoir, c’est que tout se passait du côté droit du chemin en montant. A gauche, il n’y avait rien. Tous les commerces qui existaient le long du chemin ont été transformés en habitation », témoigne Jean-Luc. Un coin prisé à l’époque parce qu’il y avait du travail. Aujourd’hui, c’est le manque de foncier qui pousse à réinvestir le terrain. « A la Madrague Ville, je suis plutôt venu m’échouer, comme un navire pour qui la marée s’est retirée », pour Mohamed. « A l’époque, ces quartiers étaient encore des campagnes, et normalement les docks auraient dû être installés dans les quartiers Sud » rappelle Christian. Une mosaïque de vision, de vécus, qui donne tout autant que son histoire, la manière qu’ont les habitants d’investir le chemin, voilà ce que l’on découvre tout au long des pages. Des évolutions, sociétales ou politiques, tout ce qui fait que Marseille est aujourd’hui ce qu’elle est. (…)

Myriam Guillaume
La Marseillaise, 25/02/2007
Réalisation : William Dodé